Saturday, 9 February 2013

La Poesie Hindi Moderne



La poésie moderne indienne en langue hindi et le cas du poète Agyeya


Poésie Hindi Contemporaine

Pendant que j’essayais de rassembler/ et de comprendre/ l’entière compilation de la poésie indienne post- indépendance,/ j’ai senti qu’il y avait/ une immense variété dans cette poésie./  Dans l’ensemble,/ la poésie occidentale n’a pas ce genre de diversité/ que possède la poésie indienne./   Pour n’en citer que trois poètes:/  Agyeya,/ Kedarnath/ et Nirala,/ je dirai qu’ils sont/ non seulement au centre de la poésie indienne,/ mais j’irai jusqu’à dire/ qu’ils sont au centre de l’entière tradition poétique indienne./  Je ne prétends pas/ que je dirai bien de nouvelles choses/ à propos d’eux./  Cependant/ j’ai traduit le plus long poème d’Agyeya,/ afin  de vous montrer que tout en étant très moderne/, il est tout à fait ancré dans la tradition./  

Ils voulaient écrire la poésie/ de telle façon/ qu’elle semble briser un fossé/ qui les écarterait de la tradition./  Je n’ai jamais rencontré une bonne traduction de leur poésie./  Ils n’ont pas été traduits avec compétence dans d’autres langues./  Ce n’est pas possible de transmettre ce genre correctement./

De maintes façons,/ ils sont plus d’actualité dans les temps modernes/ que Tagore par exemple./  Dans les termes de la création poétique,/ l’œuvre de Tagore est vaste,/ mais la poésie de Tagore n’atteint pas la présente génération./

De quoi est faite la poésie contemporaine?  /A quelle poésie peut-on donner ce nom ?/  Est-ce que les écrits post-indépendance sont contemporains ?/  Ou peut-on dire que quand «Yuva Kavita» /(la poésie de la jeunesse)/ est apparue,/ la période contemporaine a commencé?/

La poésie contemporaine/ est en train d’être employée/ comme une couverture qui couvrait le tout./  Entretemps,/ il y a plusieurs tendances qui ont apparu/ dans la poésie/ et qui doivent recevoir un nom./  Pour les trente dernières années/ on a essayé de designer la poésie/ comme contemporaine seulement./  Cela arrive quand il n’y a pas de nouvelles tendances./  Dans le champ de la poésie,/ il n’y a pas de tendances,/ la poésie est en train d’être écrite/ dans une époque où il n’y a pas de tendances./  C’est quand  de telles tendances apparaissent,/ qu’elles apportent avec elles des noms/ qui expriment les tendances que ces mouvements représentent./  Ainsi des noms naissent de ces mouvements./ Le fait que pendant trente années,/ la poésie a été « contemporaine »/ cela veut dire qu’il y a quelque chose qui manque à l’entier environnement littéraire./  Il faut lui donner un autre nom./ 

Agyeya,/Kedarnath Singh/ et Nirala continueront à être d’actualité/ dans la poésie indienne/ dans le futur/ et continueront à nous lancer des défis./  Ce sera un défi dans le sens positif./  Il y a deux points de départ/ qui seront toujours un défi/ à la poésie/ et qui demandent encore à être écrits./  Agyeya dit :

/« Le marché est une telle place où j’ai toujours trouvé
une solitude que je n’ai pas trouvée dans
la plus grande des jungles»./

Tout le travail d’érudit sur la poésie moderne du critique littéraire,/ Ramvilas Sharma/ est volumineux et varié./  Ensuite,/ c’est son successeur critique,/ Namvar Singh/ qui a pris la relève./  Selon eux,/ les années post-60/ en Hindi/ont été une période prolifique/ pour l’écriture créative,/ l’expérimentation/ et pour le réalisme aussi./  L’expérimentation a généré un nombre de mouvements/ qui ont fait ressortir beaucoup de brillants poètes/ actifs au travail littéraire,/ chose qui manquait auparavant./

Au fait,/ l’Hindi parlé,/ a un si vaste répertoire de travaux littéraires,/ sous toutes ses formes,/ qu’il est pratiquement impossible de les rassembler dans quelques pages./  Ajouté à cela,/ est le fait/ que les écrivains Hindi ne sont pas enclins à être traduits dans n’importe quelle langue,/ y compris l’Anglais./  Les écrivains Hindi sont contents/ de l’attention et de l’accueil/ de leur propre groupe linguistique,/ qui sont définitivement enthousiastes./  En vérité/ les écrivains dans d’autres langues indiennes/ font des efforts pour être traduits/ et introduits en Hindi,/ tant le nombre de lecteurs est important./  Ce qui fait que/ la dynamique de l’Hindi n’a jamais dépassé le seuil de sa porte./

Il y a pourtant/ de vrais chefs-d’œuvre./ Chez Kedarnath Singh,/ on trouve le regard d’enfant/ et sa durable capacité d’émerveillement./  Comme le relate le poète,/ il n’y avait pas d’horloge dans son école,/ et ce qui donnait l’heure de midi,/ c’était la fleur qui s’ouvre à midi,/ la dupahariya./  Pour l’enfant qu’il était,/ cette éclosion miraculeuse,/ quotidienne,/ créait midi chaque jour./ Ce poète doit son innocence,/ au milieu qui l’a vu grandir,/ milieu simple,/ voire pauvre/ et largement illettré,/ mais non sans culture./  

Dans le monde des lettres,/ qui s’en va grandissant,/ l’écrivain ou le poète Hindi/ doit être plus enclin à parler/ à un plus large public/ en ce qui concerne ses travaux littéraires./  Les traductions sont meilleures/ quand elles sont proches du texte,/ et pires/ quand elles sont comme des conversations/à travers un interprète./

Ecrire dans une langue indienne/ est comme écrire dans une langue/ dont le lien directe/ avec son propre passé/ et ses traditions/ était sous une forte pression./  On ne peut connaitre un pays/ et ses habitants/ à travers l’anglais,/ qui est la langue officielle de l’éducation,/ c’était en train de faire toute la différence à un écrivain indien/ qui se sentait aliéné/ dans sa propre langue maternelle./  Une grande partie de la poésie indienne/ dans les années 50 et 60,/ était attirée vers des anciennes épopées,/ la mythologie hindoue/ ou des versets philosophiques/ contenant une morale,/ un dogme/ et la raison pour cela ne réside pas loin./  Les récentes recherches dans les milieux psychologiques,/ l’exploration du passé des hommes/ et ses liens vitaux avec le présent,/ étaient en train d’ajouter des dimensions expressives,/ référentielles/ et connotatives à la langue./ 

Quoique le mouvement moderniste a eu un impact global/ sur la poésie, la poésie/ moderne dans chaque langue,/ a gardé ses caractéristiques marquantes des beaux arts,/ dont la littérature,/ a absorbé,/ à travers les siècles,/ beaucoup d’influences étrangères,/ sans pour autant perdre leur indianisme typique./  Cette attitude est une des façons/ qu’un auteur indien emploie/ pour concilier avec un passé/ qui est trop varié/ et trop long/ pour être interprété comme une seule tradition cohérente./  Les plus longs poèmes/ évoquent une part amplifiée de mémoire culturelle./  Le long poème d’Agyeya,/ «La Veena indomptée»/ que j’ai traduit pour vous,/ illustre bien cette vision élargie de l’indien/ et des ses attaches culturelles/ multi-millénnaires./  Ici,/ on voit/ comment la poésie,/  de tout art verbal,/ est le plus ancien,/ et a des attaches proches/  avec la musique/ et la danse,/ le son/ et le rythme./

Une Peu d’histoire de la littérature Hindi

Ces jours-ci,/ on constate que/ la poésie hindi se trouve plus ou moins au second plan,/ c’est le cinéma indien qui rayonne et prédomine./  C’est Bollywood qui augmente la curiosité des occidentaux/ pour le pays d’origine des films./  Ils utilisent souvent le mot « hindou »/ au lieu de « hindi »./

Avant l’arrivée de la poésie contemporaine,/ le « Chayavad »/, «Le mouvement de l’ombre » /de nature romantique/ dominait la scène littéraire hindi./  Les partisans du « Chayavad »,/ mettaient l’accent sur les thèmes de la nature,/ de l’amour/ et de la patrie/ dans une langue lyrique, /symbolique,/ émotionnelle / et mystique./
Cette école était calquée/ sur la langue élégante/ et abstraite/ de la poésie romantique britannique./

Puis il devint nécessaire/d’émanciper des canons imposés/ avec ses icônes littéraires tels que/ Shelley,/ Keats /ou Wordsworth./

Les années 50 et 60/ c’était l’époque de la poésie sonore,/ visuelle/ et concrète,/ de ce qu’on a appelé également la poésie «Jazz» et «blues ». /

Il y a donc ensuite eu le mot d’ordre de Ezra Pound :  Make it new !  ou «faites du neuf! »/  C’est bien ce qui incita les poètes à fonder des écoles de «Nayi Kavita»/  (Nouvelle Poésie) en hindi,/ l’avant-garde littéraire hindi./

Il serait présomptueux de ma part/ de prétendre décrire/ toute la situation de la poésie en langue hindi, /car l’Inde n’est pas un pays mais un Continent./

Ceci dit,/ je remercie les organisateurs,/ car ce séminaire est très «éclairant»,/ et représente un travail de pionnier/ que j’ai été appelée à faire/ car pratiquement rien n’existe en français/ sur la poésie hindi moderne./ 

Je suis persuadée que,/ grâce à l’encouragement donné/ par la France/ à la littérature hindi,/ le nombre de personnes passionnées/ par la poésie hindi/ s’accroîtra.

Le nombre de personnes/ qui veulent frotter l’esprit contre l’esprit/ Français augmente aussi./  Les littératures indiennes modernes sont enseignées,/ traduites/ et lues avec avidité en France./

On constate ainsi que/ les migrants de la diaspora indienne sont susceptibles/ de naviguer entre plusieurs identités, /appartenances/ et affiliations transnationales. /

La poésie hindi moderne/ devint ainsi/ rupture contre le romantique/ avec l’art académique et élitiste,/ mais aussi avec une langue ornementale,/ rhétorique/ et symbolique.

Pour la première fois dans l’histoire de la littérature,/ nous voyons que /les poètes se sont mis à privilégier les réalités les plus triviales/ et résiduelles,/ l’expérience immédiate et quotidienne dans une langue ordinaire./



La poésie moderne indienne en langue hindi et le cas du poète Agyeya (SACHCHIDANANDA VATSYAYAN – AGYEYA,
7.3.1911 – 4.4.1987)

Agyeya,/ comme d’autres poètes de sa génération/ est directement issue de cet «effarant chaos cosmopolite» urbain/ et il a reconnu que/ l’anglais fécond la poésie indienne contemporaine, véritable passerelle sur/ la littérature - monde contemporaine./

Il voulait lui/ travailler sur des projets collectifs,/ formant de véritables fraternités/ artistiques,/ créant journaux,/ maisons d’éditions./ Il faisait partie de l’élite éduquée et occidentalisée/ à laquelle de nombreux poètes indiens appartenaient/ et qui voulaient pourtant s’adresser à «l’homme ordinaire»./

Il commença des expériences, le mouvement (Prayogvada),/ qui fut suivi par celui de la poésie nouvelle des années 60 à 70./ Il a inspiré des générations nombreuses d’écrivains/ et a engendré le dialogue/ dans les sphères de la critique et de la pensée littéraires./

Chez Agyeya,/ on voit l’esprit distinct de la civilisation de chacun des peuples -  / intégré à l’esprit indien./

Il interroge/ et il n’aura d’autre ambition que/ d’offrir des éléments de réflexion à ceux qui cherchent./

Il maintient sa contemporanéité,/ tout en puisant largement dans les réserves  mythologiques./

Agyeya laisse derrière lui/des œuvres exceptionnelles./  Sa démarche a toujours été multiforme /– il a touché à/ et a excellé dans/ tous les genres littéraires./  Il a écrit de la poésie,/ des histoires,/ des contes,/ des romans,/ des conférences cinématographiques/ sur des voyages,/ des essais, /des critiques,/ des pièces de théâtre poétiques./  En plus d’être un écrivain,/ Agyeya était un journaliste/ et un combattant révolutionnaire de la liberté./ 

Le thème central de ses écrits,/ ou son leitmotiv/ semble être que la vie n’est surtout pas un voyage absurde/ du ventre maternel jusqu’à la mort,/ mais devient l’occasion extraordinaire pour l’accomplissement et le développement spirituel./

Agyeya adore le passage de Kumarsambhavam –/ de Kalidasa le plus ancien dramaturge du monde/ qui décrit cette scène exceptionnelle –/Sati qui voit enfin Shiva/ après de longues années de tapasya/ (de méditation d’adoration et de sacrifice et de pénitence).  /«Alors,/ reprenant sa forme réelle, Shiva, étendant le bras,/ l’arrêta/ en souriant./  A sa vue,/ la fille du ROC,/ tremblant des pieds à la tête, se figea sur place,/ suspendue entre mouvement et immobilité,/ comme une grande rivière/ qu’une montagne/ arrête dans son élan»./  Imaginez là/ un pied tendu/ pour la marche,/ n’allait,/ ni ne demeurait,/ tel une rivière agitée,/ obstruée par un ROC./  Un immense calme l’envahit./  Elle avait recueilli le fruit de sa tapasya »./

Il est né à Kushinagar/dans le district de Devriyam/ en Uttar Pradesh/ dans un camp d’excavation archéologique,/ pendant que son père archéologue,/ Pt. Hiranand Shastri/ était en train de superviser les excavations./  Pendant son enfance,/ il a habité à plusieurs endroits/ – Lucknow,/ Shrinagar,/ Jammu avec son érudit de père./  Son éducation première/ commença/ en apprenant le Sanskrit de son père,/ plus tard/ il étudia le Perse et l’Anglais,/ fit ses études intermédiaires au Collège scientifique de Madras./  Après être gradué en science,/ il fit le M.A en Anglais./  Avant de compléter cette maîtrise,/ il commença à prendre part dans les activités révolutionnaires./  Ecrire/ et le combat pour la liberté/ vont de paire chez Agyeya./  Il a été arrêté en 1930,/ fut emprisonné pour activités anti-britanniques sous l’empire Britannique./

Pendant qu’il était en prison,/ Agyeya a écrit son fameux roman radical/ «Shekhar :  Ek Jiwani»/ et un recueil de poèmes intitulé «Chinta»./ Quand il sortit de prison,/ il a travaillé comme assistant éditeur/ dans le Hindi Daily «Sainik» à Agra et au «Vishal Bharat» à Calcutta.  De 1943 à 1946, il servit comme capitaine dans l’armée indienne./ Pendant qu’il était posté à la Frontière Nord Est,/ son contact avec la vie du Nord Est/ devint  une source de nombreux écrits plus tard./

La publication de son roman radical «Shekhar Ek Jiwani» (1ere Partie) en 1941/ eut pour résultat/ beaucoup de furie dans les cercles littéraires./  En 1943/ Agyeya édita Tar Saptak,/ un recueil de poèmes par sept poètes contemporains,/ chacun ayant sa propre vision du monde./  Il se nomme lui-même/ et ses compagnons poètes « Rahi nahin, rahon ke anvershi »/ (qui veut dire, pas des voyageurs, mais des explorateurs des sentiers)./

A noter que/ Agyeya a publié 4 romans,/ 7 recueils de poèmes,/ une pièce du théâtre,/ plusieurs ouvrages de critique littéraire,/ des essais/ et des récits de voyage./

Agyeya l’appela une expérience en sensibilité poétique/ aussi bien comme expression poétique.  /Tar Saptak souligne les tendances révolutionnaires/ dans la poésie hindi moderne/ provoquant beaucoup de questions/ et de débats/ qui ont été éclaircis dans «Doosara Saptak»/ en 1951 et «Tisara Saptak» en 1958./  Les recueils de ses poèmes en Anglais/ sont intitulés «Des jours en Prison et autres poèmes»/ (1933 – 38) et « Nilambari » (1981)./  Comme journaliste/ Agyeya est connu pour ses journaux littéraires et socio-politiques,/ commencés et édités par lui./  Il a aussi été l’éditeur de Nav Bharat Time,/ un quotidien Hindi./  Il a voyagé dans plusieurs pays européens/ de 1955 à 1956/ et visita le Japon en 1957 – 58/ grâce au plan UNESCO d’échange culturel.  Il a été un professeur de la littérature/ et de la culture Indienne,/ visitant l’université de Californie,/ donnant des conférences à des salons variés en Inde/ et à l’extérieur./

Il a deux de ses recueils en anglais/ qu’il a traduits avec Leonard Nathan,/ imprimés sous le titre de/ «Une sélection de poèmes»/ et «Première Personne Seconde Personne»./  Tous ses poèmes en anglais/ ont été compilés/ dans ce volume/ avec les titres choisis à l’origine/ et ont été publiés par l’auteur lui-même/ dans le but d’offrir au lecteur anglais/ une vue intérieure profonde/ de sa poésie./

Il établit «Vatsal Nidhi»,/ un fond pour les activités littéraires et culturelles/ comme les conférences,/ les voyages des auteurs, ateliers littéraires/ et publications/ et créa une nouvelle façon de conscientisation pour la littérature et son accueil./

Les journaux intimes de l’éminent poète/ sont différents de la pratique usuelle/ de faire des entrées quotidiennes/ ou des entrées datées dans un journal intime./  Agyeya les a appelé «Antah prakriyayen»/ (procédés internes)/ ou un carnet de bord de son voyage créatif./  Il a mis de côté/ l’aspect autobiographique/ car il croyait que/ les autobiographies sont séductrices;/ elles ne peuvent pas être honnêtes/ et vraies./  Ces journaux intimes/ rassemblaient/ les expériences/ et les luttes du procédé créatif./

Après cette ébauche de la littérature hindi,/ j’ai tenu à vous lire/ un échantillon de cette poésie hindi./  Car cela/ permet de découvrir/ l’authenticité de l’auteur et d’explorer les possibilités/  de ces distingués poètes/que nous n’aurions autrement/ jamais connus./  Je vous remercie pour votre patience/ d’avoir écouté toute cette partie théorique./  Je suis sûre que/ vous vous attendez  un peu à cela./  Je vous offre donc le plus long poème hindi d’Agyeya/  traduit en français:/  C’est du classique/ et du romantique,/ tout en étant moderne./

No comments:

Post a Comment